
Le Naaba · Le Sage des Process
Optimisation de process · PME & scale-ups
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La définition, sans détour
Posez la même question à trois personnes de votre entreprise — « comment traite-t-on une commande ici ? » — et vous obtenez souvent trois réponses différentes. Ce n’est pas un détail d’organisation. Trois versions du même process pour une seule tâche, c’est le signe qu’il n’existe aucune version de référence : le savoir vit dans les têtes, pas dans l’entreprise.
Ce symptôme des 3 versions du même process est le premier que je cherche en diagnostic, parce qu’un dirigeant le reconnaît immédiatement.

C’est quoi, vraiment ?
Le savoir tient parce que telle personne est là, qu’elle sait, qu’elle a toujours fait ainsi. Chacun a construit sa propre variante, adaptée à ses habitudes. Tant que tout le monde est présent et que le volume reste raisonnable, les trois versions du même process cohabitent sans heurt. Le problème n’apparaît qu’au moment où l’une des personnes s’absente, où un nouveau arrive, ou où l’activité accélère.
La divergence a une cause simple : personne n’a jamais posé la version unique par écrit. Chaque collaborateur a documenté le process dans sa tête, à sa manière. Ce ne sont pas trois erreurs, ce sont trois optimisations locales qui n’ont jamais été confrontées. Le jour où elles se rencontrent — un client qui parle à deux interlocuteurs, une commande qui passe d’un service à l’autre — les 3 versions du même process produisent des écarts, des ressaisies et des oublis.
Pourquoi ce symptôme doit vous alerter
- Un coût invisible mais réel. Quand 3 versions du même process circulent en parallèle, l’entreprise paie en double saisie, en informations perdues et en corrections tardives.
- Une montée en autonomie ralentie. Un nouveau collaborateur met plus longtemps à être opérationnel, parce qu’il doit deviner quelle version appliquer.
- Une qualité qui dépend de la personne, pas de l’entreprise. Ce que perçoit le client varie selon qui décroche.
- Une fragilité structurelle. Le jour où la personne qui détenait « sa » version part, une partie du fonctionnement part avec elle. Vous ne pilotez pas une organisation, vous coordonnez des habitudes individuelles.
Comment obtenir une version unique
La démarche ne consiste pas à imposer d’en haut une procédure. Elle consiste à réunir les trois personnes concernées et à confronter leurs versions, étape par étape. Là où elles convergent, la version de référence est déjà écrite. Là où elles divergent, il y a une décision à prendre — et c’est souvent à cet endroit que se cachent le vrai gain et le vrai désaccord. Nommer l’écart avant de vouloir l’outiller : c’est le point de départ de tout mon travail.
Un cas réel
Un distributeur de machines-outils pour l’industrie, une quarantaine de salariés, m’a consulté après une série de litiges de livraison. En reconstituant le traitement d’une commande, le constat était limpide : le commercial saisissait l’affaire à sa façon, l’administration des ventes en tenait une version parallèle sous Excel, et le SAV reconstruisait l’historique machine au téléphone, dossier par dossier. Trois personnes, 3 versions du même process, et aucune source unique. Une fois la version de référence posée en une page et les points de bascule tranchés, les ressaisies entre services ont quasiment disparu et les litiges liés aux écarts de commande ont fortement reculé, sans changer d’outil.
(Cas anonymisé, représentatif d’un schéma largement documenté)
Par où commencer
- Choisissez un seul process critique, celui dont dépend le cash.
- Demandez séparément à trois personnes qui l’exécutent de le décrire.
- Mettez les trois descriptions côte à côte et surlignez les écarts.
- Tranchez chaque écart avec les intéressés, pas à leur place.
- Écrivez la version unique en une page, lisible debout.
Là où tout le monde se plante
L’erreur classique consiste à croire que la personne la plus ancienne détient « la bonne » version, et qu’il suffit de la recopier. Ce n’est presque jamais le cas : l’ancienneté fige aussi des contournements devenus inutiles. La bonne version n’est pas la plus vieille ni la plus complète, c’est celle qui, une fois confrontée aux autres, résiste aux objections.

Le mot de Marc
Ne cherchez pas le coupable des 3 versions du même process : il n’y en a pas. Chacun a bien fait son travail dans son coin. Le seul vrai responsable, c’est l’absence de version de référence — et ça, ça se répare en une réunion, pas en un logiciel.
Questions fréquentes
Est-ce grave d’avoir 3 versions du même process dans une PME ?
Ce n’est pas dramatique tant que tout le monde est présent, mais c’est un point de fragilité. Le risque se matérialise à la première absence, au premier recrutement ou au premier pic d’activité.
Comment savoir si mon entreprise a ce problème ?
Faites le test : demandez à trois personnes qui font la même tâche de la décrire séparément, sans se concerter. Si vous obtenez trois déroulés différents, vous avez votre réponse.
Faut-il un logiciel pour régler ce problème ?
Non, pas au départ. Installer un outil sur des 3 versions du même process revient à figer le désordre. On aligne d’abord la version de référence, on outille ensuite si nécessaire.
Qui doit trancher entre les différentes versions ?
Le dirigeant ou le responsable du process, avec les personnes concernées autour de la table. L’objectif n’est pas d’imposer, mais d’arbitrer les écarts en connaissance de cause.
Combien de temps faut-il pour obtenir une version unique ?
Les premiers effets sont rapides : cartographier et clarifier les trois processus critiques prend quelques semaines, pas des mois. L’erreur serait de vouloir tout structurer d’un coup. On traite le flux le plus douloureux en premier, on stabilise, puis on élargit. C’est une remise en ordre progressive, pas un chantier permanent.
Vous anticipez que ça vous concerne ? Un peu ? Beaucoup ?
Voyons dans quel ordre agir.
